Affichage des articles dont le libellé est Généralités. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Généralités. Afficher tous les articles

mardi 11 mars 2014

Bibliographie 

Voici une liste non exhaustive de livres de philosophie plutôt faciles à lire.





AuteurTitreDescription
Des grands classiques accessiblesAntiquité
Platon
Apologie de Socrate
Sur le procès de Socrate et le rôle du philosophe dans la société.
EpictèteManuel
Sur l'éthique stoïcienne : comment devenir maître de soi ?
EpicureLettre à Ménécée
Sur l'éthique épicurienne : quelle est la meilleure façon de se faire plaisir ?
Périodes moderne et contemporaineDescartesMéditations métaphysiques (1 et 2e méditations)
Sur la connaissance : de quoi peut-on être certain ?
PascalPensées
Sur la religion : que peut apporter la foi religieuse ?
MarxManifeste du parti communiste
Sur les rapports entre l'économie et la politique : comment le capitalisme a-t-il façonné notre monde ? Faut-il l'accepter ?
JamesLe pragmatisme
Quelles sont l'utilité de la philosophie et de la connaissance en général ?
RussellProblèmes de philosophie
Sur la connaissance : comment acquérons-nous nos connaissances générales ?
FreudMalaise dans la civilisation
Sur la culture : comment la culture canalise-t-elle nos instincts ?
SartreL'existentialisme est un humanisme
Sur la liberté : qu'est-ce que choisir sa vie ?
Introductions généralesNagelQu'est-ce que tout cela veut dire.
Excellente introduction aux grands problèmes généraux de la philosophie.
BlackburnPenser ! Une irrésistible introductions à la philosophie
Excellente introduction aussi, plus longue, présentant les problèmes généraux de la philosophie et les idées de grands philosophes.
FerretLa leçon de choses
Introduction très accessible qui donne de très bons exemples de réflexions philosophiques.
BaillargeonStéroïdes pour comprendre la philosophie
Excellente introduction qui couvre presque tout le programme de terminale et qui présente les références classiques
Comte-SponvillePrésentations de la philosophie
Une bonne introduction, facile d'accès, à des grands thèmes de la philosophie.
De Saint-MauricePhilosophie en séries
Présentations des thèmes du programme de terminale à partir des séries télé.
Histoires de la philosophieChâteletUne histoire de la raison
Brève histoire présentant des grands philosophes occidentaux.
RevelHistoire de la philosophie occidentale
Histoire plus détaillée de la philosophie occidentale (qui fait malheureusement l'impasse sur le moyen-âge)
HadotQu'est-ce que la philosophie antique ?
Histoire des grandes écoles de philosophie antique, montrant le rapport entre chaque théorie et la manière de vivre qui l'accompagne.
Sous la direction de PradeauHistoire de la philosophie
Présentation des grands philosophes occidentaux par des spécialistes, ouvrage détaillé mais accessible.

jeudi 12 septembre 2013

Définir et distinguer



Le travail de définition et de distinction des concepts est une part essentielle de la réflexion philosophique. Vous trouverez quelques mots sur la nature des concepts, sur leurs caractéristiques, puis une méthode et des exercices pour les définir et les distinguer. 
Vous n'avez pas à apprendre tout, mais devez savoir ce que sont l'extension et la compréhension, le rapport entre genre et espèce, ainsi que ce que sont des conditions nécessaires et des conditions suffisantes et vous devez faire les exercices.


    I. Les concepts

      I.1. Qu'est-ce qu'un concept ?
Nous devons dire quelques mots sur les concepts avant d'expliquer en en quoi consiste le travail de définition et de distinction.

Un concept est : (def.) le plus petit élément d'un jugement. Dans ce sens, les concepts sont comme les atomes de la pensée. Une pensée est une combinaison de concepts.

Un concept identifie un type de choses. Nos concepts nous permettent de classer les choses en les regroupant selon les propriétés qu'elles possèdent en commun.

On s'est très tôt demandé si les concepts sont des entités purement mentales ou des aspects des choses :


« En ce qui concerne les genres et les espèces : subsistent-ils en eux-mêmes ou ne sont-ils contenus que dans les pures conceptions intellectuelles, sont-ils des substances corporelles ou incorporelles ; sont-ils séparés enfin des choses sensibles ou y sont-ils impliqués, y trouvant leur circonstance? Je me garderai de le préciser; c'est un problème très difficile nécessitant des recherches approfondies. »
Porphyre, Isagogè


Trois grandes positions philosophiques se sont disputées par rapport à ce problème appelé la « querelle des universaux » :

  1. Le nominalisme : les concepts généraux ne sont que les façons dont nous utilisons les mots. Si le nominalisme a raison, les définitions servent à se mettre d'accord sur les mots. Elles permettent donc de se mettre d'accord sur ce que l'on dit et de dissiper les malentendus et de « construire » des essences artificielles pour nos théories.

  2. Le conceptualisme : les concepts généraux existent dans notre esprit. Si le conceptualisme a raison, les définitions servent mettre de l'ordre dans nos pensées et de s'accorder avec la structure de notre esprit.

  1. Le réalisme : les concepts généraux renvoient à des propriétés réelles des choses. Si le réalisme a raison, les définitions énoncent l'essence des choses.


      I.2. Compréhension et extension

Les concepts se définissent par leur extension et par leur compréhension :

L'extension est : (def.) l'ensemble des choses auxquelles le concept s'applique. Définir le concept d'homme en extension, c'est faire la liste de tous les êtres humains : {Pierre, Marion, Paul, Gérard, Julie, etc.}

La compréhension est : (def.) l'ensemble des propriétés que possèdent en commun les choses auxquelles le concept s'applique. Définir le concept de célibataire, c'est énoncer les propriétés caractéristiques des célibataires : êtres humains non-mariés.


    1. I.3. Genres et espèces

Les concepts entretiennent des liens logiques, ils sont organisés dans des classifications. Pour classer les concepts, on parle de « genres » et d' « espèces ». Un genre est un concept dont l'extension est plus grande et la compréhension plus simple. Une espèce est un concept dont l'extension est contenue dans l'extension d'un genre et dont la compréhension est plus complexe.

Par exemple :
Genre
Espèce
Arbre
Véhicule
Chêne, Tilleul, Cerisier, etc.
Vélo, Train, Voiture, etc.


  1. II. Comment définir et distinguer les concepts ?


Une définition bien formée obéit à trois règles1 :

  1. non-circularité : le terme défini n'entre pas dans la définition

  2. adéquation extensionnelle : la définition correspond à toutes les choses auxquelles le terme défini s'applique et uniquement à l'ensemble de ces choses

  3. adéquation intensionnelle : la définition doit énoncer les propriétés caractéristiques de la chose définie


      II.1. Par genre commun et différence spécifique


Selon Aristote, la définition doit donner le genre commun et la différence spécifique. Pour définir un terme, il faut donc procéder en deux temps :

  1. Remonter au genre auquel il appartient, c'est à dire au concept d'extension supérieure.
Par exemple :
Concept de départ
Genre
Table
Évolution
Action
Meuble
Transformation
Mouvement


  1. Énoncer la propriété qui caractérise l'espèce et qui délimite l'extension du concept aux seules choses qui possèdent cette propriété.

Par exemple :
Concept de départ
Genre
Différence spécifique
Table


Evolution

Action
Meuble...


Transformation...

Mouvement...
consistant en un plateau soutenu par plusieurs pieds

graduelle

volontaire



Une distinction conceptuelle montre généralement le genre commun à deux concepts et leurs différences spécifiques. Par exemple : l'opinion irréfléchie et la connaissance sont toutes les deux des croyances, mais l'opinion peut aussi bien être vraie que fausse et n'est pas justifiée tandis que la connaissance est à la fois vraie et justifiée.

On peut aussi distinguer deux concepts en montrant que l'un est une espèce de l'autre pour dissiper un amalgame. Par exemple : la superstition est une espèce de croyance basée sur une justification irrationnelle, mais toutes les croyances ne sont pas des superstitions.




Exercice 1 : trouvez le genre commun et la différence spécifique des termes « piano », « égoïsme » et « illusion »



Exercice 2 : distinguez, en montrant leurs différences spécifiques, les concepts : « pouvoir légitime / tyrannie », « liberté / licence », « opinion / connaissance ».



      II.2. Conditions nécessaires et conditions suffisantes

Un bon moyen pour trouver le genre et l'espèce qui définissent un concept est de trouver ses « conditions nécessaires » et ses « conditions suffisantes ».


        II.2.1. Conditions nécessaires


N est une condition nécessaire de P si N est vrai lorsque P est vrai.

Autrement dit : pas de P sans N.

Exemples :

Si on peut skier (P), alors il y a un sol glissant (N).

Si x est une connaissance (P), alors x est une croyance (N).


      II.II.2. Conditions suffisantes


S est une condition suffisante de P si P est vrai lorsque S est vrai.

Autrement dit : S garantit P.

Exemples :

Si la neige fond (P), alors la température est supérieure à 0°c (S).

Si x est vrai (S), alors x est une connaissance (P).



        II.II.3. Conditions nécessaires et suffisantes


C est une condition nécessaire et suffisante de P si P est vrai lorsque C est vrai et si P est faux lorsque C est faux.

Autrement dit : P si et seulement si C

Exemples :

Le quadrilataire ABCD est un losange (P) si et seulement si les diagonales de ABCD se coupent en leur milieu et sont perpendiculaire (C).

Gérard est célibataire (P) si et seulement si Gérard est un être humain et qu'il n'est pas marié (C).

x est une connaissance (P) si et seulement si x est une croyance vraie justifiée (C).



Exercice 3. Dites si l'expression C entre crochets est une condition nécessaire, suffisante, nécessaire et suffisante ou ni nécessaire ni suffisante.

  1. [S'il pleut] (C), alors l'herbe est mouillée.
  2. Pour être électeur, il faut [avoir 18 ans] (C).
  3. Le résultat de l'opération est juste si et seulement s'[il est égal à 4] (C).
  4. Pour être libre, [il faut être responsable de ce que l'on fait] (C).
  5. [Si un acte réalise un choix] (C), alors cet acte est libre.







1Engel et Dutant, Philosophie de la connaissance, Vrin

mercredi 11 septembre 2013

Problématiser


Les sujets de dissertation sont formulés sous la forme de questions. À elles seules, ces questions ne sont pas des problématiques. Le problématique est un développement qui explique pourquoi la question se pose, elle consiste à formuler le problème posé par le sujet.


  1. Un problème conceptuel
Un problème philosophique est une difficulté posée par des concepts abstraits : soit un concept est obscur et il faut le clarifier en le définissant par d'autres concepts, soit le lien entre deux concepts n'est pas clair et il faut clarifier ce lien.

Ici il faut bien comprendre qu'un concept n'est pas qu'un mot abstrait. Il ne faut pas considérer qu'un problème philosophique est simplement un problème de mots et qu'il suffit de définir les mots du sujet pour faire apparaître le problème.


  1. Une aporie
Un problème philosophique est vécu comme un embarras intellectuel, il s'agit d'une difficulté à comprendre un lien entre nos idées ou simplement à manquer d'idées pour répondre à une question. Poser un problème suppose donc de reconnaître que nous ne pouvons pas répondre immédiatement, que nous ignorons d'abord la réponse. Aristote dit qu'« apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance ».

Cette confusion doit être exprimée à travers une aporie : (def.) deux opinions incompatibles et aussi bien justifiées l'une que l'autre pour répondre à une question.

Dans une dissertation, la problématique doit formuler une aporie.


  1. Le présupposé du sujet
Un sujet de dissertation est une phrase interrogative qui met une thèse en question, elle présuppose donc que cette thèse qui doit être prise en compte et elle présuppose en même temps qu'elle n'est pas non plus suffisante (sinon elle ne serait pas mise en question) et qu'il faut proposer une autre thèse incompatible.

Par exemple « Suffit-il de se sentir libre pour être libre ? » met en question la proposition « Il suffit de se sentir libre pour être libre. ». Elle présuppose que le sentiment de liberté est une part importante (peut être nécessaire) de la liberté ou de l'idée que l'on a spontanément de la liberté et elle présuppose en même temps qu' « il ne suffit pas de se sentir libre pour être libre ».


  1. Exercice

Cherchez le présupposé et l'aporie qui correspondent à chacun de ces sujets :

  1. Sommes-nous toujours libres dans nos décisions ?
  1. Naît-on libre ou le devient-on ?
  1. Avons-nous un destin ?


vendredi 8 mars 2013

Conseils pour les devoirs et les épreuves écrites : les maladresses d'expression à proscrire.


Certaines expressions maladroites se retrouvent dans beaucoup de copies, elles ont le défaut de véhiculer des idées toutes faites, de généraliser à outrance et d'agacer le correcteur. Pour ne pas tomber dans des clichés, ne pas faire de fautes d'orthographe à toutes les lignes et ainsi ménager votre correcteur, voici quelques conseils.



Bannissez ce genre de lieux communs :

(Beaucoup de ceux-ci peuvent avoir une pertinence philosophique, mais ils sont généralement affirmés dans les devoirs sans réflexion et sans argumentation philosophique.)

  • Sur ce qui a prétendument eu lieu dans un passé lointain ou ce qui aurait toujours eu lieu : De tous temps / depuis la nuit des temps / depuis la préhistoire, etc.
  • Sur la société : Dans notre société / de nos jours / à notre époque / dans notre société actuelle / dans notre société individualiste / les gens ne pensent qu'à l'argent, etc.
  • Sur la politique : Sans lois ce serait l'anarchie / avant la démocratie / dans les pays communistes, etc.
  • Sur la liberté : Être libre c'est faire tout ce que l'on veut / la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres, etc.
  • Sur la religion : les gens sont de moins en moins croyants / la science nous a appris que la religion est fausse
  • Sur le relativisme : à chacun son point de vue, à chacun son opinion, sa vérité, etc.
  • Sur la morale : c'est positif / c'est négatif / il faut être tolérant / le bien et le mal dépendent du point de vue de chacun / à chacun sa morale, etc.

  • Sur l'art, la beauté et le goût : l'artiste cherche à faire passer un message / la beauté est relative / à chacun ses goûts / on ne discute pas des goûts et des couleurs, etc.
  • Sur le texte que vous commentez ou le sujet de dissertation que vous traitez :c'est un texte intéressant / c'est un sujet passionnant / ce texte est bien argumenté, etc.



Sachez écrire :

  • philosophie et non « phylosophie »
  • terme et non « therme »
  • opinion et non « opignon »
  • essence et non « essance »
  • existence et non « existance »
  • loi et non « loie »
  • autrui et non « autruit »
  • selon et non « celon »
  • le fait et non « le faite »

mercredi 9 novembre 2011

Bibliographie


Bibliographie


Voici une liste de textes philosophiques qui peuvent être lus assez facilement.

Cette liste n'a rien d'exhaustif, et beaucoup d'autres "classiques" auraient pu y figurer. De la même façon, les introductions à la philosophie que je mentionne sont loin d'être les seules possibles, ce sont seulement celles que je préfère parmi celles que je connais. Tout ça pour dire qu'il ne faut pas hésiter à lire des livres qui ne sont pas dans cette liste.




Les grands classiques

Antiquité

Platon :
- La République (Sur la justice et la connaissance)
- Le Banquet (Sur l'amour)
- L'Apologie de Socrate (Sur la place de la philosophie dans la société)

Aristote : 
- Ethique à Nicomaque (Sur la bonheur et la vertu) 

Epictète :
- Manuel, Entretiens (Sur la raison, le passions, le bonheur, la morale stoïcienne)

Epicure : 
- Lettre à Ménécée (Sur la liberté, la raison et le bonheur)

Période moderne

Descartes :
- Discours de la méthode (recherche d'un fondement de la connaissance)
- Méditations métaphysiques (sur les premiers principes métaphysiques)
- Lettres à Élisabeth (sur l'âme et le corps, le bonheur)

Pascal :
- Pensées (Sur le sens de la vie, sur la religion)

Spinoza :
- Ethique (Sur la place de l'homme dans l'univers, les passions, la morale, la liberté)

Rousseau : 
- Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (Sur l'injustice)

Locke :
- Essais sur l'entendement humain (Sur la connaissance)

Leibniz : 
- Monadologie (Sur les principes métaphysiques)
- Nouveaux essais sur l'entendement humain (Sur la connaissance)


Diderot :
- Lettre sur les aveugles

Hume : 
- Enquête sur l'entendement humain (Sur la connaissance empirique, le scepticisme)
- Dialogues sur la religion naturelle (Sur les preuves de l'existence de Dieu et la religion en général)

Kant : 
- Prolégomènes à toute métaphysique future (Sur la connaissance, la pensée et la métaphysique)
- Fondements de la métaphysique des moeurs (Sur les principes de la morale)

Hegel : 
- Propédeutique philosophique (Introduction aux grands thèmes de la philosophie de Hegel)

Mill : 
- De la liberté (Sur la liberté politique )

Marx : 
- Manifeste du parti communiste (Sur le rapport de l'économie à la société)

James : 
- Le pragmatisme (sur la pensée philosophique et son rapport à l'action)

Période contemporaine

Russell : 
- Problèmes de philosophie (Sur la connaissance)

Freud : 
- Malaise dans la civilisation (Sur la psychanalyse et la culture)

Wittgenstein : 
- Leçons et conversations (Sur l'esthétique, la psychanalyse et l'éthique)

Sartre : 
- L'existentialisme est un humanisme (Sur la liberté)




Introductions à la philosophie

Nagel : Qu'est-ce que tout cela veut dire?
Blackburn : Penser! Une irrésistible introduction à la philosophie
Hadot : Qu'est-ce que la philosophie antique?
Ferret : La leçon de choses
Roger Pol Droit : La philosophie expliquée à ma fille
Benovsky : Le puzzle philosophique

Une introduction historique :

Châtelet : Une histoire de la raison






Essais et romans

Itard : Mémoire et Rapport sur Victor de l'Aveyron  (Sur un enfant sauvage)

Sacks : L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau  (l'effet des lésions cérébrales sur la conscience)


Tournier : Vendredi ou les limbes du Pacifique (sur le rapport aux autres)


Vercors : Les animaux dénaturés (sur la définition de l'être humain)






Cours d'introduction


Cours d'introduction à la philosophie




I : Qu'est ce que c'est?

  1. Les idées
  2. Les questions sur les idées


II : À quoi ça sert?

  1. Clarifier les idées
  2. Penser par soi-même
  3. Bien vivre
  4. Comprendre les autres



I : Qu'est ce que c'est?

    1) Les idées

La philosophie est une discipline déroutante, elle parle de tout : de l'art, de la science, de la société, de l'univers, de l'esprit, de la morale, de l'économie, etc. On a l'impression qu'elle ne parle de rien de précis, de tout et de n'importe quoi. Est-ce que la philosophie part dans tout les sens? Regardez les notions au programme :




Quel est précisément l'objet de la philosophie? Pourquoi la philosophie peut-elle parler de tout ça?

Si la philosophie peut parler de tout ça, c'est parce qu'elle ne parle pas des choses concrètes, mais des idées sur les choses concrètes. Elle a donc un objet d'étude précis : elle étudie les idées.

Reprenons le programme :



    - La philosophie étudie l'idée de :
  • Le sujet
    La psychologie étudie la conscience, l'inconscient et le désir

  • La conscience
  • L'inconscient
  • Le désir
  • La culture
    - L'artiste fait de l'art.
    - La sociologie du travail étudie les conditions concrètes de travail dans telle société ou dans telle entreprise...
  • etc...
    Exercice : complétez le tableau

  • L'art
  • Le travail et la technique
  • La religion
  • La raison et le réel
  • La démonstration
  • Le vivant
  • La matière et l'esprit
  • La vérité
  • La politique
  • Société
  • État
  • Justice et droit
  • La morale
  • La liberté
  • Le devoir
  • Le bonheur



    2) Les questions sur les idées

La philosophie ne se contente pas d'avoir ou de donner des idées générales, ce n'est pas une culture que l'on a, c'est une réflexion que l'onfait sur ses idées. Ce n'est donc pas un ensemble de connaissances sur des livres, c'est avant tout une activité de réflexion sur les idées.

Réfléchir, c'est poser une question. Mais toute question n'est pas philosophique : par ex :
  • « Quel temps fait-il aujourd'hui? ». Pour répondre, il suffit de regarder par la fenêtre.
  • Vous êtes en panne et demandez au garagiste « qu'est-ce qui cloche dans ma voiture? », le garagiste va regarder dans le moteur ce qui ne va pas.
  • « La diagonale du carré est-elle proportionnelle à la longueur des côtés? », pour répondre, vous utilisez le théorème de Pythagore.

Maintenant, voici des questions philosophiques (sujet du bac S 2011) : « La culture dénature-t-elle l'homme? », « Peut-on avoir raison contre les faits? »

Qu'est ce qui différencie les questions philosophiques?

Elles portent sur des idées : « culture », « dénaturation », « homme », « raison », « les faits ». Elles ne portent pas directement sur des choses concrètes ou sur des figures. Pour répondre à ces questions, on ne peut donc pas se référer à une fait simple, il faut analyser les idées et raisonner avec.

Voilà une présentation rapide de la philosophie, pour le moment cela est très abstrait, vous comprendrez mieux ce que c'est quand on commencera à en faire!

II : À quoi ça sert?

  1. Clarifier les idées
Elle sert d'abord à comprendre de quoi on parle. Comme vous pouvez le voire dans un sujet comme « La culture dénature-t-elle l'homme? », la philosophie manipule des idées très générales et très obscures. La tâche de la philosophie est de préciser le sens de ces idées. Elle est donc utile dès que les mots posent problème. Dans ces cas là, la philosophie demande « qu'est ce que ça veut dire au juste? ».
Cette clarification des idées est utile pour soi-même, pour les questions qu'on se pose. Par exemple, on peut chercher le bonheur, mais il faut d'abord être au clair sur ce qu'est le bonheur. On voit souvent des hommes d'affaires qui avaient d'abord cherché le bonheur dans l'argent se reconvertir totalement après s'être rendu compte que l'argent ne suffisait pas pour être heureux. Peut-être qu'ils auraient pu le savoir en réfléchissant d'abord sur la notion de bonheur. On entend beaucoup parler de bonheur, mais les définitions sont souvent contradictoires. Est-ce que c'est le plaisir? Est-ce que c'est l'estime de soi? Est-ce que c'est la tranquillité? Est-ce que c'est le pouvoir? Est-ce que c'est la possession matérielle? Il faudra clarifier tout ça, au moins pour nous mettre d'accord avec nous-mêmes.
Mais elle est aussi utile au delà de la pensée personnelle, en politique ou en science. Par exemple, Copernic s'est interrogé sur le concept de mouvement et il a introduit l'idée que nous observons le mouvement selon une perspective, c'est à dire que le mouvement est relatif à la position d'où on l'observe. À partir de là il a pu se dire que le mouvement apparent des étoiles dépend du point de vue d'où on l'observe : autrement-dit, ce ne sont pas les étoiles qui bougent, mais la Terre d'où nous les observons. C'est donc la réflexion sur notre concept de mouvement et la clarification apportée par l'idée de relativité qui a permis à la science d'adopter le système héliocentrique.

  1. Penser par soi-même
La philosophie permet de dépasser les préjugés. Un préjugé est une opinion toute faite que l'on utilise sans y réfléchir. Généralement, nous héritons les préjugés des autres : de nos parents, de nos amis, des chanteurs, des stars de télé, des intellectuels, des hommes politiques... Par exemple, en France : presque tout le monde pense que la monogamie vaut mieux que la polygamie. Souvent nous partageons les idées de notre famille sur la religion, sur la morale ou sur la politique. Ou alors nous nous y opposons, mais nous nous opposons à leurs idées, pas à d'autres. Souvent nous partageons aussi les idées de nos amis ( on est amis parce qu'on pense pareil ). Dans tous ces cas, ces idées viennent de nos rapports avec les autres.
Réfléchir sur ses idées, c'est chercher soi-même des raisons d'y croire. Cette recherche est une libération : nous ne pensons plus les idées qui se sont imposées à nous, nous cherchons les bonnes raisons que nous pouvons trouver nous-mêmes. Selon Kant, exercer sa raison permet ainsi de devenir « majeur », c'est à dire autonome, dépendant de soi-même, alors que sans la raison, nous sommes « mineurs », c'est à dire sous la loi d'une autorité extérieure.

  1. Bien vivre
Il y a beaucoup de chance pour que nos idées influencent nos actes. Cela signifie qu'une même personne qui aurait des idées philosophiques différentes aurait une vie différente. Imaginez une personne A dont la philosophie est que tout ce qui arrive ne peut pas arriver autrement, que tout est écrit quoi que nous fassions. Si A fait un travail qui ne le satisfait pas, il n'essaiera pas d'en chercher un autre, si A a des difficultés amoureuses, il n'essaiera pas de les surmonter, si A vit sous un régime politique injuste, il le subira en disant que c'était écrit. Maintenant imaginez A', c'est exactement la même personne que A, il est né des mêmes parents au même instant et au même endroit, il a les mêmes amis, les mêmes activités, la même psychologie, il a la même vie sur tous les points sauf sur un seul : il n'a pas la même idée quant à la marche du monde. A' pense que ce qui arrive pourrait être autrement, que tout n'est pas écrit. Si A' n'est pas satisfait de son travail, il en cherchera un autre , s'il a des problèmes amoureux, il tentera de les régler, s'il vit sous un système politique injuste, il se battra pour que ça change. Cela montre l'importance que la philosophie a dans une vie humaine et si on portait le regard à l'échelle d'une société et de toutes les croyances partagées par une même société, on verrait encore une philosophie.
Nos idées influencent notre vie, il est donc utile de s'en préoccuper pour bien vivre.


  1. comprendre les autres
Il y a beaucoup d'idées auxquelles nous nous attachons par un lien de sentiment. Je les appellerai les « croyances ». Ce sont des idées que l'on aime ou que l'on hait. Cela signifie que l'on tient à ces idées par un lien affectif, on peut avoir une réaction de colère quand on nous dit : « tous les hommes ne sont pas égaux » ou inversement, une réaction de joie. Certains auront du plaisir à entendre que l'amour donne sens à la vie, d'autres éprouveront une certaine irritation.
Ces réactions affectives peuvent facilement altérer les relations entre les gens : si une personne aime une idée que l'on aime pas, on ne va pas aimer la personne en question. Regardez les conflit politiques du 20e siècle : ils ont souvent été nourris par des idées, c'étaient les conflits du libéralisme et du communisme, du nazisme, du fascisme, etc.
À une échelle plus modeste, genre de conflit éclate dès que l'on ne comprend pas le point de vue de l'autre. On pourrait générer un petit conflit dans cette classe. Je vais vous demander de faire une expérience : notez les croyances suivantes, donnez une note de 1 à 10 si vous aimez l'idée, ou une note de -1 à -10 si vous ne l'aimez pas.

  1. La démocratie est le meilleur régime politique
  2. Pour bien vivre, il faut travailler.
  3. La vérité de la religion est supérieure à la vérité de la science
Vous devez désormais avoir une note. Plus cette note est forte plus vous aimez ou haïssez ces idées et plus il vous est difficile de bien vous entendre avec celui qui a le point de vue contraire. Si au contraire, votre note se rapproche de 0, vous êtes plutôt indifférents à ces idées, mais alors vous n'allez pas avoir envie de comprendre ceux qui aiment ou haïssent les idées, et vous allez en quelque sorte les mépriser.
En réfléchissant sur les idées, la philosophie permet de comprendre les raisons d'y croire. Elle permet donc soit de rejeter les idées auxquelles nous n'avons aucune raison de croire, soit de comprendre les raisons de croire des autres.